• LE MARCHÉ DES ACHATS ET VENTES DE SOCIÉTÉS BELGES A LE VENT EN POUPE

LE MARCHÉ DES ACHATS ET VENTES DE SOCIÉTÉS BELGES A LE VENT EN POUPE

09 février 2015

Le climat d’investissement a poursuivi son embellie en 2014, pour l’achat comme pour la vente de PME belges. De plus, l’année 2014 a observé une hausse tant du nombre d’entreprises à vendre que du nombre d’acheteurs intéressés. « En 2014, les capitaux disponibles étaient considérables », explique Miguel Meuleman, professeur d’Entrepreneuriat à la Vlerick Business School. « Et la crise qui freinait le marché est désormais derrière nous, tandis que les entreprises qui ont traversé la tempête avec de bons chiffres sont plus faciles à monnayer. » Mais toute médaille a son revers. La concurrence s’est renforcée et les prix ont augmenté, ce qui explique que les investisseurs rencontrent de plus en plus de difficultés pour conclure de bonnes affaires et obtenir un rendement appréciable. Enfin, les prévisions sont optimistes pour 2015.

Autant de constats qui ressortent de la seconde édition du Entrepreneurial Buyout Monitor qui, d’une part, dresse le bilan de santé des achats et ventes de PME belges en 2014 et, d’autre part, sonde les attentes pour 2015. Au total, 169 experts ont été interrogés, dont des banquiers, des acteurs du capital-investissement, des conseillers en corporate finance, des avocats et des courtiers. La majorité des participants sont impliqués dans des opérations moyennes de 20 millions d’euros maximum. L’enquête a été réalisée à l’initiative de la Vlerick Business School et de BDO Belgique, qui ont combiné leur expertise au sein de la Platform for Entrepreneurial Buyouts.

Des acteurs plus nombreux, des prix plus élevés et des transactions plus professionnelles

Les acheteurs précisent qu’ils ont rencontré une concurrence sensiblement plus forte pendant le processus de vente, en particulier dans le cadre d’opérations de taille moyenne (5 à 20 millions) et de grande envergure (plus de 20 millions). La tendance est donc au renforcement du ciblage, de la spécialisation et de la synergie. De plus, la recherche de croissance est un mobile important pour procéder à l’achat d’une entreprise. Miguel Meuleman : « Les acteurs sont plus nombreux sur le marché, surtout du côté des intervenants industriels, aussi appelés 'corporate buyers'. L’achat d’une autre société est souvent le seul moyen pour une entreprise de poursuivre sa croissance dans un contexte économique où la croissance est pratiquement nulle. La consolidation est donc forte dans de nombreux secteurs. »

Mais cette croissance ne va pas de soi, poursuit Miguel Meuleman : « Le facteur humain est très important. Il faut avoir une certaine vision et la concurrence oblige les candidats à disposer d’un plan solide et d’une grande capacité d’estimation commerciale pour pouvoir créer de la valeur. Pour beaucoup de PME autrefois plutôt conservatrices, la combinaison de capitaux frais et d’un grand esprit d’entreprise peut donner une nouvelle impulsion et stimuler la croissance. »

Le renforcement de la concurrence pousse les prix à la hausse. Il ressort du Monitor que tous les segments ont enregistré une progression des prix en 2014. La valeur EBITDA a ainsi été payée 5,6 fois en moyenne en 2014, et seulement 5,0 fois en 2013. La plus forte hausse de prix s’observe dans le segment des opérations supérieures à 20 millions d’euros, avec un multiple de 6,8 payé en moyenne en 2014. Plus le segment est grand, plus le prix est élevé. Dans le segment inférieur des opérations de moins de 5 millions d’euros, les prix sont demeurés pratiquement stables en 2014. Cette hausse des prix correspond aux attentes et les participants à l’enquête pensent qu’elle se poursuivra en 2015.

Hans Vanoorbeek, Executive in Residence à la Vlerick Business School : « Il est de plus en plus difficile de trouver de bonnes transactions à un bon prix. De plus en plus d’acteurs cherchent des entreprises à forte croissance ou des entreprises avec un potentiel de croissance. Et comme les prix d’achat sont plus élevés, il devient aussi de plus en plus difficile d’obtenir de bons rendements sur l’investissement réalisé. »

Enfin, le sondage montre qu’il a fallu plus de temps pour conclure une opération en 2014. C’est le cas en particulier dans le segment des petites transactions de moins de 5 millions d’euros. Les participants ont aussi indiqué que le processus de vente pour les opérations de petite et moyenne envergure était désormais plus professionnel.

Financement

En moyenne, l’acquéreur doit pouvoir financer lui-même 36,7 % du prix d’achat par d’autres canaux que la banque. Pour les opérations de moindre envergure, la proportion est légèrement inférieure (32,7 %). Ce chiffre est resté pratiquement identique à celui de 2013.
Hans Vanoorbeek : « Dans le cadre des petites opérations, le prix de vente tient aussi compte de l’immobilier et le financement est déterminé dans une moindre mesure par le cash-flow. À l’inverse, une légère baisse de l’apport de capitaux propres est attendue dans le cas d’opérations de plus grande envergure. En effet, les banques sont plus favorables au financement de l’endettement. »

En 2014, la part des fonds propres externes nécessaires pour conclure une vente a augmenté dans tous les segments, mais surtout pour les opérations de taille moyenne et grande. Ces capitaux externes proviennent surtout du capital-investissement, de gestionnaires de grandes fortunes ou d’individus fortunés. Hans Vanoorbeek : « Les capitaux disponibles sont beaucoup plus importants. Les intérêts sur les comptes d’épargne rapportent peu tandis que la Bourse et le marché immobilier sont incertains. Avec l’acquisition d’une société (surtout dans le segment inférieur où la concurrence est moins forte), il est encore possible d’obtenir un certain retour sur investissement. Et l’esprit d’entreprise peut alors s’exprimer pleinement. Nous remarquons toutefois que la plupart des investisseurs se satisfont de plus en plus d’un rendement plus faible. Les attentes se situent généralement entre 10 et 20 % par an, mais il en va évidemment autrement pour un gestionnaire de grande fortune ou un particulier fortuné que pour du capital-investissement financé par des investisseurs institutionnels. » 

Globalement, emprunter de l’argent a coûté beaucoup moins cher en 2014 grâce au recul marqué de l’EURIBOR. Les banquiers s’attendent à voir le coût de l’endettement reculer encore en 2015 ou au moins rester stable. Miguel Meuleman : « Maintenant que le pire de la crise est derrière nous, les banques sont à nouveau disposées à prêter de l’argent. Les opérations sont ainsi plus faciles à conclure, d’autant plus que les dettes sont désormais moins onéreuses. »

Enfin, des méthodes de financement alternatives sont de plus en plus souvent utilisées pour combler l’écart. Ainsi, l’usage des earn-outs se répand dans le cadre des petites opérations, ce qui permet de reporter le paiement d’une partie du prix de vente, en fonction du résultat d’exploitation réalisé. En effet : pour une opération de taille réduite, le résultat d’exploitation est souvent incertain. Par ailleurs, les vendor loans gagnent en popularité dans les segments inférieur et moyen. Le vendeur est ainsi disposé à prêter temporairement une partie du prix de vente à l’acquéreur et à rester de la sorte partiellement impliqué dans la société après la vente. Enfin, le financement mezzanine gagne en importance dans le segment des opérations de petite et moyenne envergure. Le financement mezzanine contribue à combler le fossé entre le financement de l’endettement couvert par les banques et le financement par les fonds propres.