• Les entreprises belges de plus
    en plus souvent rachetées
    par des acteurs étrangers

Les entreprises belges de plus en plus souvent rachetées par des acteurs étrangers

12 juin 2017

Contrairement à une tendance à la baisse sur le marché international des acquisitions en 2016, le marché belge des fusions-acquisitions poursuit sa croissance, surtout dans le segment des transactions moyennes et inférieures. La demande excède l’offre. Les prix partent donc à la hausse, mais restent relativement acceptables. Les entreprises de qualité, qui sont candidates à la vente, trouvent facilement acquéreur. Cette situation s’explique par un accès aisé au financement bancaire, mais aussi par un intérêt accru des acteurs étrangers pour les entreprises belges.

C’est ce qui ressort d’une enquête menée auprès de 120 spécialistes et consultants belges des fusions-acquisitions, tels que Corporate Finance Advisors, banquiers, avocats et investisseurs en capital. Ces experts sont principalement actifs dans le segment des transactions d’acquisitions moyennes, estimées entre 5 et 50 millions d’euros. L’enquête sonde, d’une part, leur expérience du marché des fusions-acquisitions et des transactions dans lesquelles ils ont été engagés en 2016 et, d’autre part, leurs attentes pour cette année. Ce M&A Monitor annuel a été réalisé sous la direction du professeur Mathieu Luypaert du Vlerick Centre for Mergers, Acquisitions & Buyouts, en collaboration avec la Banque J.Van Breda & Co, BDO et Gimv.

Des transactions au-delà des frontières

L’enquête laisse apparaître clairement que les entreprises belges sont de plus en plus rachetées par des acteurs étrangers. 73 % des experts interrogés constatent une croissance. Cette tendance est moins prononcée pour les acquisitions par des entreprises belges en dehors des frontières nationales (seulement 63 % des experts observent ici une hausse).

  • Seul 1/3 des transactions auxquelles les experts interrogés ont participé en 2016 sont étrangères. Les entreprises belges rachètent principalement dans leur pays.
  • Les entreprises belges qui réalisent une acquisition étrangère le font surtout en Europe (64 %) ; les États-Unis arrivent en deuxième position (17 %).
  • Dans seulement 53 % des transactions étrangères, la transaction a été initiée par le vendeur. En effet, en cas d’acquisition à l’étranger, l’acheteur vise souvent un marché géographique, une technologie ou une cible spécifique. Pour ce qui est des acquisitions au niveau national, l’initiative émane, dans 63 % des cas, du vendeur. Les repreneurs belges doivent donc un peu plus souvent chercher activement une entreprise étrangère.
  • Les transactions étrangères sont plus chères : on débourse en moyenne 7 fois la valeur EBITDA (c.-à-d. le flux de trésorerie opérationnel) contre 6,4 fois en Belgique.
  • La conclusion d’une transaction étrangère est plus longue et plus complexe : une transaction nationale dure en moyenne 6 mois, tandis qu’une transaction étrangère se finalise en moyenne après 8 mois. Cela s’explique par diverses barrières en termes de langue, de législation, de culture, etc.

Professeur Mathieu Luypaert : « Tout d’abord, d’un point de vue géographique, la Belgique offre une porte d’accès intéressante vers l’Europe, certainement pour le marché asiatique. Il suffit de songer à l’intérêt de State Grid pour Eandis ou au club de deuxième division OHL, qui est passé entre des mains thaïlandaises. Ensuite, les prix d’acquisition acceptables dans notre pays attirent de plus en plus les fonds d’investissement étrangers. La concurrence a fortement augmenté entre les acteurs du capital-investissement, intéressés par des cibles belges. Enfin, les experts interrogés évoquent l’incertitude politique. D’ordinaire, les repreneurs belges s’intéressent surtout aux entreprises basées en France, aux Pays-Bas, aux États-Unis, en Allemagne et au Royaume-Uni. Or, ce sont aujourd’hui des pays sur lesquels plane une grande incertitude liée aux accords commerciaux et aux élections. Ce facteur freine incontestablement les acquisitions par des entreprises belges à l’étranger. »

Notons encore que les experts se montrent relativement critiques à l’égard de cet intérêt croissant de l’étranger. « Selon l’enquête, les conseillers belges en fusions-acquisitions estiment que les entreprises belges – et plus particulièrement les jeunes entreprises de croissance avec un fort potentiel – sont trop souvent vendues, et trop tôt. C’est ainsi que les centres de décision désertent la Belgique. On peut y voir en partie une question de courage et de culture. Les entrepreneurs belges privilégient parfois la sécurité financière. D’autre part, s’embarquer avec un acteur étranger peut permettre de renforcer la croissance de l’entreprise, parfois à très court terme, et d’obtenir une internationalisation très rapide. Pour les entreprises concernées, un tel rachat n’est donc pas négatif en soi, mais la Belgique risque d’en pâtir en termes d’emploi, de climat entrepreneurial, d’image ou d’opportunités de croissance locales supplémentaires qui sont perdues. »

Le marché belge des acquisitions a le vent en poupe

Contrairement à une tendance à la baisse sur le marché international des acquisitions en 2016, le marché belge des fusions-acquisitions poursuit sa croissance.

  • 67 % des experts interrogés ont constaté, en 2016, une hausse du nombre de transactions en Belgique. Près de la moitié d’entre eux (42 %) font même état d’une hausse de plus de 10 %.
  • Cela s’explique, d’une part, par la taille des transactions. Le marché belge des acquisitions se caractérise essentiellement par des transactions petites et moyennes, et ce sont précisément ces transactions qui sont prisées au niveau mondial. D’autre part, les prix pour les entreprises belges restent relativement raisonnables par rapport à d’autres pays.
  • Le pic de cette croissance n’a pas encore été atteint. 57 % des experts s’attendent à ce que le marché des acquisitions poursuive encore sa croissance en 2017, alors que le nombre de transactions a déjà atteint des sommets en 2015 et 2016.

Professeur Mathieu Luypaert : « Si l’on observe le montant total dépensé en acquisitions de par le monde, on constate un pic en 2015, suivi d’une forte baisse en 2016. Le nombre total de transactions sur le marché international des fusions-acquisitions en 2016 n’est cependant pas en baisse ; on observe même une légère hausse. Cela témoigne de la prépondérance de transactions plus petites. Le marché n’est plus dominé par des méga-transactions, conclues à coup de milliards, comme en 2015. On peut toujours parler d’un marché très actif, mais surtout dans le segment moyen et inférieur. »

Caractéristiques des transactions conclues

Quelle est la valeur des entreprises ?

  • En 2016, il fallait débourser en moyenne 6,4 fois la valeur EBITDA (c.-à-d. le flux de trésorerie opérationnel), tous secteurs et tailles d’entreprise confondus. En 2015, c’était 6,1 fois – en 2013, cette moyenne n’était encore que de 5. La vente d’une même entreprise produit donc aujourd’hui un rendement 1,4 fois plus élevé.
  • Dans le segment des plus petites entreprises (moins de 5 millions d’euros de valeur), les prix sont restés quasiment stables ; on débourse en moyenne 4,7 fois l’EBITDA.
  • Pour les grandes transactions (> 100 millions d’euros), les conditions du marché jouent un rôle manifeste et les montants en jeu grimpent en moyenne à 8,2 fois l’EBITDA.

Mathieu Luypaert : « Les petites entreprises s’avèrent généralement plus risquées. Elles reposent souvent fortement sur leur fondateur. Pour les plus grandes entreprises, mieux établies, le risque de faillite est faible, le cadre professionnel est plus élaboré et les possibilités de synergie sont plus nombreuses. Il faut donc aussi débourser davantage pour une grande entreprise. »

La concurrence augmente

La hausse continue des prix des entreprises s’explique surtout par le fait que la demande excède l’offre. En 2016, cinq entreprises en moyenne ont remis une offre pour une entreprise belge à vendre. En 2015, on en dénombrait quatre. Cela est dû non seulement à l’intérêt étranger croissant pour les entreprises belges, mais aussi et surtout à la grande disponibilité d’argent. Les banques se montrent aujourd’hui mieux disposées à financer des acquisitions. Il y a donc beaucoup plus d’acteurs actifs sur le marché, ce qui fait augmenter les prix.

« Malgré la hausse des prix, le marché belge reste estimé de manière rationnelle », nuance Mathieu. « Surtout en comparaison avec nos pays voisins. En outre, le marché belge du capital-investissement n’est pas encore aussi développé que dans nos pays voisins. Enfin, de nombreux entrepreneurs de la génération des baby-boomers n’hésitent pas à différer quelque peu une vente, vu le faible taux d’intérêt des produits d’épargne auprès des banques. Par conséquent, il n’est pas difficile, pour les propriétaires d’une entreprise de qualité, de trouver aujourd’hui des acquéreurs. »

Un financement plus aisé

  • En moyenne, il est possible d’emprunter 3,2 fois sa valeur EBITDA (contre 2,9 en 2015) auprès des banques pour financer une transaction d’acquisition.* Cette hausse du financement maximal de la dette vaut pour toutes les transactions, quel que soit leur montant, mais surtout pour le segment des petites entreprises.
  • « Les secteurs de croissance caractéristiques sont souvent à la pointe de la technologie, mais aussi plus à risque. Les banques sont clairement à la recherche d’alternatives en endossant un rôle plus actif sur le marché des acquisitions. Elles sont disposées à repousser un peu leurs limites, même dans le segment inférieur. »
  • Le recours aux crédits vendeurs ou « vendor loans » – où l’acheteur paie en différé une partie du prix de rachat via un emprunt au vendeur – passe de 42 % à 36 %.
  • On constate également une baisse de 31 % à 26 % pour les paiements différés sur la base de certains paramètres (p. ex. l’évolution de l’EBITDA après la vente) ; c’est la clause dite d’« earn-out ».

Téléchargez ici la brochure « 2017 M&A Monitor - shedding light on M&A in Belgium ».

* Pour calculer les possibilités de financement d’une transaction, on tient généralement compte du rapport entre la dette financière nette et l’EBITDA. C’est-à-dire : l’endettement total d’un repreneur (après déduction des liquidités disponibles) par rapport au flux de trésorerie opérationnel.