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  • Le Covid-19 entraîne le
    blocage du marché
    des acquisitions en Belgique

    Résultats du M&A Monitor 2020

Le Covid-19 entraîne le blocage du marché des acquisitions en Belgique

14 mai 2020

Pour le marché belge des fusions et acquisitions, 2019 a été un bon cru, placé sous le signe de la stabilité, avec une légère croissance sur le segment des petites transactions. Cependant, en raison de la pandémie de Covid-19, les activités de fusion et d’acquisition devraient subir une diminution de plus de 30% en 2020. Par ailleurs, 60% des experts belges prévoient également une chute des prix supérieure à 10%. Étant donné les problèmes de liquidité de nombreuses entreprises, le rapport de force pourrait également évoluer et placer les acheteurs en position favorable à la table des négociations. Enfin, pour la première fois, l’enquête a également étudié l’impact attendu des acquisitions en matière de perspectives d’emploi, lequel semble globalement positif.

Telles sont les principales conclusions de la septième édition du M&A Monitor, une enquête annuelle menée auprès d’environ 110 spécialistes belges des fusions et acquisitions, parmi lesquels des conseillers en finances d’entreprises, des investisseurs de private equity, des courtiers, des banquiers et des avocats.

L’enquête évalue leurs expériences sur le marché des fusions et acquisitions et les transactions auxquelles ils ont participé en 2019, d’une part, et leurs prévisions pour 2020, d’autre part. Afin d’estimer correctement ces dernières, une enquête supplémentaire sondant précisément l’impact escompté de la pandémie de Covid-19 a été envoyée durant la seconde quinzaine de mars. L’enquête a été réalisée par le professeur Mathieu Luypaert et le chercheur Gianni Spolverato du Centre for Mergers, Acquisitions & Buyouts de la Vlerick Business School, en collaboration avec Bank J.Van Breda & Co, BDO, NautaDutilh et Sowaccess.
 

Le nombre d’opérations de rachat est resté stable en 2019

Par rapport à 2018, une année record, le marché belge des fusions et acquisitions s’est généralement caractérisé par une stabilisation en 2019. 40% des répondants n’ont pas constaté d’augmentation significative du nombre de transactions par rapport à 2018. On observe cependant l’existence d’un certain nombre de tendances divergentes :

  • 70% des personnes interrogées ont constaté une augmentation du nombre de transactions sur le segment des petites transactions (moins de 5 millions d’euros) en 2019 ;
  • En outre, on constate une tendance à la baisse du nombre moyen de parties ayant formulé une offre sur une cible. En 2017, il s’élevait à 5, contre 4 en 2018 et 3 en 2019 ;
  • Enfin, on relève également une nette diminution du nombre de transactions à l’étranger : alors qu’en 2017, 36% de l’ensemble des transactions des acquéreurs belges ont été effectuées à l’étranger, celles-ci n’ont plus représenté qu'une transaction sur 5 (22%) en 2019.

Selon le professeur Mathieu Luypaert, on perçoit également un renforcement du protectionnisme à l’échelle internationale :

« Au niveau mondial, le nombre de transactions à l’étranger chutera sous les 25% cette année. Ce chiffre est comparable à ceux des périodes de crise précédentes. Ainsi, même sans épidémie de Covid-19, les conflits commerciaux et le Brexit ont entraîné un repli des marchés des acquisitions. »

Aucun changement majeur dans la valorisation

En 2019, l’acquisition d’une entreprise, toutes catégories de taille confondues, a coûté en moyenne 6,5 fois l’EBITDA (excédent brut d’exploitation). Ce chiffre est identique à celui de 2018.

  • Pour les transactions importantes supérieures à 100 millions d’euros, la moyenne était de 12 ;
  • Pour les petites transactions inférieures à 1 million d’euros, ce chiffre était de 5,1 en moyenne ;
  • En termes de secteur, les multiples les plus élevés en 2019 ont une nouvelle fois concerné l’industrie pharmaceutique (9,4), la chimie (9,1) et la technologie (8,9). Les prix d’acquisition les plus faibles sont enregistrés dans le commerce de détail (5,8), la logistique (5,6) et la construction (4,8).

« Depuis plusieurs années, les prix sont très stables dans tous les segments. Nous avons observé une nette tendance à la hausse entre 2013 et 2017, pour ensuite atteindre le niveau maximal. Toutefois, le marché n’a pas connu d’effondrement par la suite, mais s’est stabilisé. »

Mathieu Luypaert 

Le Covid-19 fait basculer le marché des fusions et acquisitions

En raison du confinement imposé dans de nombreux pays, la majorité des transactions en cours sont actuellement suspendues et pratiquement aucune transaction nouvelle n’a été mise sur les rails. Les prévisions des répondants pour le reste de l’année 2020 sont en outre plutôt négatives, tant en termes de nombre de transactions qu’en termes de prix d’acquisition :

  • 58% des répondants prévoient une baisse de plus de 30% du nombre de transactions d’acquisition en 2020 ; une baisse qui concerne tant les transactions nationales que les transactions internationales.

« À très court terme, un certain nombre d’aspects pratiques entrent en ligne de compte : l’interdiction des visites physiques d’entreprise complique les négociations, le processus de diligence raisonnable ne peut pas être mené à son terme de manière adéquate, de nombreux régulateurs ne peuvent actuellement pas exercer normalement leurs activités... En ce qui concerne les transactions déjà signées, les acquéreurs invoquent des clauses contractuelles spéciales qui autorisent une rétractation dans des circonstances extrêmes. À plus long terme toutefois, l’impact économique du Covid-19 pourrait notamment faire chuter le marché des acquisitions. Lorsque l’économie se porte bien et que les cours boursiers sont élevés, nous observons généralement un plus grand nombre d’acquisitions. Les banques sont également plus enclines à les financer. Plus les conséquences du coronavirus perdurent, plus le risque d’impact négatif sur le marché des acquisitions est élevé. »

Mathieu Luypaert 

  • 60% des personnes interrogées s’attendent à une chute de plus de 10% de la valorisation des entreprises ; 1 sur 5 s’attend même à une chute des multiples de plus de 20%.

« La pandémie du Covid-19 pourrait non seulement faire chuter le multiple, qui s’est élevé à 6,5 en moyenne en 2019, mais aussi l’EBITDA des entreprises. Elle a donc un double impact sur les prix. La définition du prix juste devient de ce fait de plus en plus difficile et peut générer d’importantes discussions entre acheteur et vendeur. Les résultats de l’année en cours seront en effet beaucoup plus négatifs et ne refléteront pas les résultats d’exploitation normaux. Il est donc important de déterminer dans quelle mesure la chute de l’EBITDA de 2020 représente un effet structurel ou temporaire. »

Mathieu Luypaert 

Des affaires en or ? 

À terme, la pandémie de Covid-19 pourrait être synonyme de bonnes affaires pour les acheteurs qui possèdent encore des liquidités. Une baisse des prix devrait se matérialiser. En outre, des entreprises attrayantes possédant des technologies profitables peuvent inopinément arriver sur le marché en raison de problèmes de liquidités. En quelques mois à peine, un glissement pourrait s’opérer, lequel verrait un marché de vendeurs s’effacer au profit d’un marché d’acheteurs et placer les acquéreurs en position de force à la table des négociations.
  
« Les acteurs très importants, notamment dans le secteur pharmaceutique et technologique, sont moins touchés par la crise du Covid-19. Ils conservent souvent suffisamment de liquidités, qu’ils peuvent désormais utiliser pour acquérir à bon marché des connaissances immatérielles. De belles opportunités s’offriront également aux sociétés de private equity. Néanmoins, le principal danger vient de l’étranger. Nous devons éviter que des entreprises de référence sur le plan stratégique ne tombent intégralement ou partiellement aux mains de fonds du Moyen-Orient ou d’Asie, ce qui entraînerait la perte de centres de décision ou de technologies importants. »

L’impact sur l’emploi est plutôt positif

Contrairement aux attentes, l’acquisition n’est pas systématiquement synonyme de restructuration négative des RH : pour les acquisitions réalisées en 2019, 38% des répondants prévoient une augmentation de l’emploi au cours des 3 prochaines années.

  • Cette prévision s’applique aux acheteurs stratégiques et financiers, ainsi qu’aux acheteurs nationaux ou étrangers ;
  • Seules 11% des transactions nationales (et 17% des transactions à l’étranger) devraient avoir un impact négatif sur l’emploi au cours des trois années suivant le rachat.

Mathieu Luypaert conclut :

« Il s’agit d’une bonne nouvelle, compte tenu de la perspective d’augmentation potentielle du taux de chômage à la suite de la pandémie de Covid-19. »